Les parfums à l'Epoque Moderne


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Les parfums à la Renaissance

Après les fureurs de la Guerre de Cent ans, l'art de la parfumerie va se développer par l'entremise des villes italiennes depuis longtemps importatrices des senteurs orientales. C'est tout naturellement à Venise, vers 1555, que fut rédigé le premier traité européen de parfumerie. La mode italienne par l'entremise de Catherine de Médicis introduisit en France le gant parfumé (on retrouvait là l'association médiévale des deux métiers). Les "peaux d'Espagne" imprégnées de senteurs voyageaient jusqu'en Angleterre.

Par contre les ablutions et les bains, jugés contraires à la morale religieuse et à l'hygiène selon (Ambroise Paré) furent abandonnés.

Les objets tels les joyaux, les éventails et les masques ainsi que les animaux comme les oiseaux rares et les petits chiens furent parfumés.

L'on pouvait se prémunir des maux de tête, des fièvres, des hémorragies et même des épidémies en portant une boule à parfums nommée pomander. Ciste, musc, citron, styrax, cinnamome, camphre, bois de santal de rose ou d'aloès étaient les senteurs les plus usées. Hippolyte II d'Este, l'abbé commendataire de Chaalis, dépensait une fortune en musc et en ambre pour parfumer ses gants.

La sphère du pomander s'ouvrait en six compartiments qui contenaient des aromates différents. Allemagne XVIe siècle

  "Le roi Henri III lavait ses bilboquets et ses perroquets dans des bains odoriférants. Le Louvre ressemblait à un palais oriental au sol jonché de fleurs et aux tentures inondées de senteurs les plus diverses répandues à l'aide d'un arrosoir d'appartement." D'après Catherine Donzel.

 

Les parfums au XVIIe siècle

Au temps où le tabac avait beaucoup de succès, on ne pouvait dire que l'hygiène était une préoccupation existentielle. Des coussins de fleurs séchées et des seringues à eau de parfum combattaient les odeurs importunes. Des pâtes parfumées en forme d'oiseau étaient suspendues au plafond. Pour changer l'atmosphère, on usait des pastilles à brûler mais aussi des soufflets et des aspersoirs.  Chaque jour de la semaine avait son parfum et l'on disait que le Roi -Soleil et ses courtisans s'inondaient de senteurs pour masquer les fumets corporels. Ainsi rapportait-on que la reine Margot était "jambonnée comme un fond de poêle" et que les orteils expressifs de madame de Montespan l'avaient fait nommer "doux fleurant". Néanmoins, la corporation des gantiers parfumeurs fut soutenue par Colbert et Grasse devint le centre de la parfumerie européenne.

Comme pour les siècles précédents, le parfum était utilisé pour lutter contre les épidémies. Ainsi, à Lyon, en 1628, pour enrayer les ravages de la peste, fut organisée par les parfumeurs une désinfection générale des placards. Ils pratiquèrent des fumigations à base de soufre, d'antimoine, d'orpiment et de camphre.

C'est au milieu du XVIIsiècle, que fut inventée l'Eau admirable plus connue de nos jours sous le nom d'eau de Cologne. A base de citron, de bergamote, de bigarade, de néroli et de romarin, cette eau de toilette attribuée à Jean-Marie Farina fut appréciée plus tard par Napoléon.

 

La toilette du matin

 

Les parfums au XVIIIe siècle

C'est à cette période qu'apparurent dans des coupes d'argent ou de porcelaine les premiers pots-pourris frais.

Si le musc et la civette avaient dominé les senteurs du XVIIesiècle, le siècle suivant leur préféra les odeurs florales et fruitées. Une véritable frénésie de senteurs reprit la société aristocratique et bourgeoise. Le parfum devint une affaire de séduction personnelle et l'on en imprégnait son mouchoir, son éventail, son corsage, son papier à lettres, ses ceintures, ses chaussures et même les boiseries et les papiers peints avant de les poser. Les bases parfumées étaient surtout constituées de violette, de thym, de rose, de romarin et de lavande.

Outre l'ivresse du parfum émergeait le goût pour le charmant petit flacon en porcelaine, en galuchat ou en bergamote. Toutes les cours d'Europe appréciaient les senteurs douces associées à de délicats flacons.

Devant une demande croissante de parfums élaborés sur mesures, se créèrent les premières grandes maisons comme Houbigan, Piver, Lubin en France ou Floris à Londres.

Par sa note aristocratique, le parfum disparut sous la Révolution pour une courte période. Affirmation royaliste, les nobles partirent parfois à la guillotine, un mouchoir autour du cou imprégné d'essence de lys ou d'eau de la Reine.

Vignette-adresse: Jobert, Parfumeur, vers 1760

 

Les parfums au XIXe siècle

La naissance de la parfumerie moderne

Dès la première moitié du siècle, les progrès de l'extraction et de la synthèse chimique marquèrent le développement des grandes entreprises de parfumerie à Grasse et à Paris. Jean-François Guerlain ouvrait sa société presque en même temps que Pinaud, Lougier, Bourgeois ou Molinard.

Si les fragrances étaient légères à l'époque romantique, florales et douces sous la Restauration, elles devenaient plus puissantes sous le Second Empire, sans doute influencé par l'émergence des produits de synthèse (vanilline). On parfumait son mouchoir mais aussi ses fourrures avec du patchouli. Le parfum était parfois utilisé pour soigner des troubles nerveux. Les bains parfumés à la vanille et à la cannelle qu'aimait l'impératrice Joséphine étaient reconnus pour entretenir la santé et embellir la peau. Fraise, framboise, amande douce et même eau de cerise étaient également utilisées.

À la fin du siècle popularisé par les grandes marques, les expositions universelles mais aussi l'invention du vaporisateur, le parfum se répand petit à petit dans toutes les couches sociales.

Le parfumeur devient un artiste qui se doit de créer des impressions, des émotions. En 1889 Aimé Guerlain, fils du créateur Pierre-François Guerlain, conçoit Jicky à partir de molécules de synthèse (coumarine et vanilline).

 

 

Affiche publicitaire

 

Les parfums au XXe siècle

Les grands couturiers se "mettent au parfum"

Poiret, Lanvin, Worth, Chanel puis Carvin, Molyneux, Patou, Schiaparelli, Weil, Rochas…et bien d'autres tentaient à leur tour d'utiliser la symbolique du parfum : prestige, raffinement, luxe, élitisme, tradition et séduction. Jusqu'en 1950, Paris restait le centre mondial du parfum. Si Coty restait le créateur de la parfumerie moderne, d'autres parfumeurs suivirent son exemple. En 1921, Ernest Beaux créait N°5 de Chanel dont le prestige demeure intact jusqu'à aujourd'hui.

Après les années 50, le parfum se démocratisait : la femme le maîtrisait et l'homme le découvrait. Au XXe siècle les progrès de l'hygiène corporelle apportaient aux cheveux une gamme de shampoings. Les crèmes, les laques, les savons parfumés, les déodorants, les sels de bains, les gels de douche garantissaient une fraîcheur permanente. L'aromathérapie s'intéressait aux effets des huiles essentielles et les fragrances les plus diverses envahissaient la rue et les produits d'entretien. Dans une ambiance "cocooning" le parfum devenait un produit de confort et de plaisir...

N°5, premier parfum de Chanel, mai 1921

 

...et l'histoire des parfums continue de s'écrire...

 

 

 

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