L'Espace Rousseau


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L'Espace Jean-Jacques  Rousseau de Chaalis,
l’œuvre de deux grands collectionneurs et d’un mécène

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Bibliothèque Girardin. Nélie Jacquemart-André (1841-1912). C’est à l’abbaye royale de Chaalis, acquise en 1902, qu’elle dépose les bustes de Voltaire, de Rousseau, de Gluck et de Théodore Tronchin par Jean-Antoine Houdon, un portrait du chanteur Pierre Jéliote, un dessin du Pèlerinage à l’île des Peupliers, un autre nommé Vue des jardins d’Ermenonville, une statuette de Voltaire et une autre de Jean-Jacques Rousseau par Edme-Étienne-François Gois. En 1912, Madame André lègue le domaine de Chaalis à l’Institut de France.

  • Fernand de Girardin.(1857-1924). Arrière-arrière-petit-fils du marquis René de Girardin qui accueillit Rousseau en 1778 à Ermenonville, il constitue la plus importante collection iconographique sur le philosophe de Genève. Elle compte environ quatre cents objets d’art, auxquels il faut ajouter plus de cinq cents manuscrits et les six cents livres de la bibliothèque Rousseau. En 1924, l’Institut de France acquiert cette collection par donation.Tombeau de Louise Dupin à Chenonceau
  • M. Dehaynin. En 1993, il offre pour sa part à Chaalis quatre cents pages du Portefeuille de Madame Louise Dupin provenant du château de Chenonceau, qui avait été dispersé en ventes publiques entre 1951 et 1958.

sommaireDes lumières et des ombres

JJean-Jacques quitte Genève en 1728.jpgean-Jacques Rousseau apparaît comme un personnage aux multiples facettes, volontiers contradictoire, irritable, qui mord la main de celui qui le nourrit.
Plaintif ? Mais il est vrai que la mère de Jean-Jacques meurt quelques jours après sa naissance et qu’il n’a que dix ans lorsque son père, contraint de quitter Genève, le met en pension. Mais oui, sa vie est réellement minée par une santé fragile.
Sans éducation ? Mais avec une indicible envie d’apprendre ! L’autodidacte acharné devient musicien, précepteur, joueur d’échecs, secrétaire, physicien, avec un goût marqué pour la chimie, dramaturge, philosophe, romancier, copiste et botaniste.
Paranoïaque ? Peut-être, mais les persécutions dont il fut victime à partir de 1762 et les exils successifs auxquels il fut contraint sont pourtant indéniables.
Un pédagogue qui abandonne ses enfants ? Certes, ses cinq enfant  furent placés aux Enfants-Trouvés, mais comme l’étaient, à Paris à la même époque, plus de quatre enfants sur dix.
Un ennemi du progrès ?   Il propose de nombreuses théories sociales.

On comprend dès lors pourquoi Rousseau est aujourd’hui encore l’"Homme des Lumières" sur qui se portent tous les soupçons.

sommaireJean-Jacques Rousseau en son temps

Vestibule Espace RousseauC’est sous la Régence de Philippe, duc d’Orléans, (1715-1723) et le règne de Louis XV (1723-1775) que se déroule la vie du philosophe de Genève. Il fréquente successivement :

Le monde de la finance
Muni de quelques lettres de recommandation, Rousseau est introduit progressivement dans le milieu des Fermiers généraux, Helvétius, La Pouplinière, Épinay ou Dupin, chargés de collecter les impôts royaux. Tous fréquentent des courtisans proches du roi, de ses ministres et de Madame de Pompadour que Rousseau côtoie par leur intermédiaire.

La noblesse
Il est également le protégé des Grands, ainsi le maréchal de Luxembourg qui le loge à Mont-Louis et dans son nouveau château de Montmorency.

Les opposants à la politique royale : le Prince et le Parlement
À la fin de sa vie, Rousseau se place sous la protection de Louis-François de Bourbon, prince de Conti qui, en 1762, l’avertit de l’imminence dune prise de corps après la publication de l’Émile. C’est également lui qui accueille le philosophe dans  son domaine de Trie-Château lorsque celui-ci revient de son exil anglais en 1776.

sommaireL’éducation  selon Rousseau

Émile et la nourriture, Moreau le JeuneUne éducation particulière, celle d’un seul enfant, considéré comme un être à part et qui doit être éveillé par un précepteur. « Laissez mûrir l'enfance dans les enfants » : une éducation qui respecte les étapes de la croissance et qui tient compte « du génie particulier de l'enfant, qu'il faut bien connaître pour savoir quel régime moral lui convient » ; une éducation de nature expérimentale, conçue par le précepteur, qui doit toujours être capable de répondre à la question récurrente de l’élève : « À quoi cela est-il bon ? »
Émile ou de l’Éducation, 1758-1760.

Une éducation publique et nationale, destinée à former des citoyens, « qui tous étant égaux par la constitution de l'État doivent être élevés ensemble et de la même manière », au plus faible prix. « Dans tous les Collèges, il faut établir un gymnase ou lieu d'exercices corporels, pour les enfants » qui doivent jouer ensemble et en public pour favoriser l’émulation et la concurrence. C’est aussi par le jeu que l’on peut « émouvoir les cœurs pour faire aimer la patrie et ses lois. ».
Considérations sur le gouvernement de Pologne, 1770-1771.

sommaireRousseau et ses cinq enfants placés aux Enfants-Trouvés

Le pamphlet dévastateur : « C’est un homme ... qui traîne avec lui [...] la malheureuse dont il fit mourir la mère, et dont il a exposé les enfants à la porte d’un hôpital en rejetant les soins qu’une personne charitable voulait avoir d’eux... » Voltaire, Le Sentiment des citoyens, 1764. L’aveu : « Oui, Madame, j’ai mis mes enfants aux Enfants-Trouvés ; j’ai chargé de leur entretien l’établissement fait pour cela. Si ma misère et mes maux m’ôtent le pouvoir de remplir un soin si cher, c’est un malheur dont il faut me plaindre, et non un crime à me reprocher... » Lettre de Rousseau à Madame de Francueil, Paris, le 20 avril 1751.

En réalité, les nobles comme les bourgeois se souciaient fort peu d’éducation. Leurs enfants étaient souvent livrés dès la naissance à des « mercenaires » : nourrices, précepteurs et professeurs de collège. Quant à ceux qui naissaient des amours ancillaires, leur sort n’était guère enviable puisque la mère était le plus souvent renvoyée quand elle n’était pas victime de grandes violences. Protestant, J.-J. Rousseau n’a donc pu épouser que « civilement » Thérèse Le Vasseur, lingère de son état. En revanche, il est exact qu’il n’a pas participé à l’éducation de ses enfants, contrairement à Diderot qui avait également épousé une femme de très modeste condition.

sommaireRousseau et les femmes

Le misogyne aimé des femmes. Et pourtant, nombreuses sont les femmes qu’il a aimées, à qui il aimait écrire, qu’il aurait voulu aimer, qu’il a créées, aux côtés de celles qu’il a abandonnées ou rejetées et de celles qui l’ont écouté et admiré.Pygmalion

Une éducation de gêne et de contrainte.    
Dans Émile, Sophie, la compagne idéale, est assujettie toute sa vie à son époux et sa destinée est de travailler à son bonheur.
Il convient de réprimer la tendance naturelle de la femme qui la conduit à l’oisiveté et à l’indocilité.  Mais, pour se défendre de ses nombreuses sujétions, celle-ci utilise la ruse également inhérente à son instinct. Son éducation est limitée : lire (mais pas trop), chiffrer, coudre, broder, dessiner, peindre, chanter et jouer du clavecin, vivre en plein air Elle doit être attentive à sa réputation, mais faire preuve de coquetterie en prenant soin de sa parure et de son corps : culture physique, vie au plein air, amples vêtements sont ainsi préconisés.

Et pourtant... L’immense succès de La Nouvelle Héloïse vint par les femmes, plus profondément troublées par la fragilité de Julie que par un comportement dicté par la raison. Comme Rousseau en fait lui-même le constat, la passion de Bérénice emporte bien sur les certitudes de Titus !

sommaire Rousseau et la musique

 Jéliote chanteur dans le Devin du village« Il faut assurément que je sois né pour cet art, puisque j'ai commencé de l'aimer dès mon enfance, et qu'il est le seul que j'ai aimé constamment dans tous les temps. Ce qu'il y a d'étonnant est qu'un art pour lequel j'étais né m'ait néanmoins tant coûté de peine à apprendre... » Confessions, Livre V.

Jusqu’à son Discours sur les arts et les sciences, en 1750, seul le Rousseau musicien acquiert une célébrité relative. Il a une conception philosophique et pédagogique de la musique mais ne néglige pas pour autant la création. Défenseur de la musique italienne lors de la querelle des Bouffons, il prend aussi parti pour la mélodie  au détriment de la symphonie.

Le Devin du village, joué devant le roi le 18 octobre 1752 à Fontainebleau, eut un succès considérable et certains airs furent repris par Mozart ou J.-B. Cramer. Ils bénéficient aujourd’hui encore d’une certaine notoriété aux États-Unis (Psaumes) et au Japon (Musunde).

La méthode d’écriture chiffrée de Rousseau connut un succès identique ; on la retrouve en France au XIXe siècle dans la méthode Chevé-Galin-Paris et au XXe dans le Jianpu (méthode simplifiée) chinois.

« J’ai toujours cru qu’on pouvait être un très grand botaniste sans connaître une seule plante par son nom. » Lettres élémentaires sur la botanique à Madame Delessert. 

Écouter un air de Rousseau publié dans Les Misères et Considérations de ma vie.
Tasso Alla Veneziana
sur des paroles du Tasse. © Ensemble Alba.

 

sommaireRousseau et la botanique

Vitrine Espace rousseau botaniqueJean-Jacques Rousseau a longtemps repoussé l’étude de la botanique, n’y voyant que des travaux d’apothicaire. C’est seulement vers 1762, alors qu’il est en exil à Môtiers, en Suisse, qu’il connaît sa première « ferveur de botanique ». Elle se transforme vite en une passion qui ne le quittera plus. Sa recherche d’une classification à la fois pertinente et accessible le conduit à adopter le système de Carl von Linné (1707-1778). Il fut par la suite en relation avec les grands botanistes de son temps.

Il multiplie les excursions, seul ou avec d’autres, échange semences et plantes, se constitue une bibliothèque et confectionne de nombreux herbiers. Il « ramasse son foin » en Angleterre, à Trie-Château, dans la région parisienne et à Ermenonville. Son projet supposé de dictionnaire de botanique ne fut pas mené à terme. Vers la fin de sa vie, il semble lui avoir préféré la composition d’une pasigraphie botanique (système d’écriture simplifiée à vocation universelle), à employer dans un ouvrage pédagogique facile à transporter.

sommaireLa mort et les actes de dévotion

1er tombeau de Rousseau à Ermenonville, toile de JouyLa mise au tombeau. Après la mort du philosophe, survenue le 2 juillet 1778 à Ermenonville, son corps fut déposé dans un tombeau provisoire, très simple, surmonté d’une urne et élevé sur une petite île de l’étang méridional du parc d’Ermenonville. La cérémonie eut lieu le 4 juillet, second anniversaire de la Déclaration d’Indépendance américaine. Il fallut attendre le 23 mai 1780 pour que soit élevé le monument définitif sculpté par J.-P. Lesueur (1757-1830).

Les pèlerinages. Ils conduisent vers le tombeau et attirent de plus en plus de fidèles venus faire leurs dévotions sur l’Île des Peupliers. Les reliques se multiplient : cannes, tabatière, sabots, baromètre, écritoire, couverts, col, clés emplissent les monstrances. Au château et dans son parc se pressent souverains, écrivains, historiens, militaires, médecins, légataires, marchands et curieux de toutes sortes.

sommaireLa postérité  de Rousseau

Espace Rpousseau,  huiles sur toile parc Jean Jacques RousseauUne collection unique
Tandis que le prince Victor Napoléon (1862-1926), dernier prétendant napoléonien alors en exil, accumule les souvenirs impériaux dans sa demeure bruxelloise, Fernand de Girardin, qui lui sert de rabatteur, poursuit pour sa part la quête des reliques rousseauistes. Cette passion le conduira à la ruine. En 1883, l’exposition iconographique dédiée au philosophe et présentée au Pavillon de la Ville de Paris est une réelle nouveauté. On connaît à l’époque une seule tentative du même genre, et encore beaucoup plus restreinte : la petite exposition des portraits de Molière, qui eut lieu sous le second Empire dans le foyer du Théâtre italien.

Une collection naturellement hétérogène
Elle regroupe des livres, des manuscrits et des objets d’art de toute nature, adaptés à la diversité sociale des fidèles, mais aussi les traces des différentes commémorations en l’honneur de J.-J. Rousseau qui se sont succédés jusqu’à nos jours.

sommaireLe parc Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville

Conditions de visite

Le Parc Jean-Jacques Rousseau est ouvert toute l’année et propose plusieurs visites thématiques.
  Du 1er avril au 30 septembre : 10h-19h
  Du 1er octobre au 30 mars : 11h- 17h30
Fermetures annuelles, les : 1er et 11 novembre, le 25 décembre et le 1er janvier.

Tarifs au 1er janvier 2014
 
Tarif plein : 5€
  Tarif réduit : 3€
Gratuité sous conditions

Informations et réservations des visites thématiques auprès de :

Juliette SIBILLAT, chargée des publics
Tél. 03 44 10 45 77
Mél. juliette.sibillat@parc-rousseau.fr

Retrouver toute la programmation du parc sur www.parc-rousseau.fr

Contenu pédagogique:

Questionnaire de visite

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